Ethiopie: le CPJ demande la libération d'une journaliste détenue sans inculpation
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a exhorté les autorités éthiopiennes à libérer la journaliste Salsawit Baynesagn, détenue sans inculpation depuis le début du mois de juin, selon sa famille.
L'Éthiopie, géant d'Afrique de l'Est de plus de 130 millions d'habitants, est dirigé depuis 2018 par le Premier ministre Abiy Ahmed.
Après de premiers signes d'ouverture, avec la libération d'opposants et de journalistes, son exercice du pouvoir est de plus en plus critiqué par les ONG de défense des droits humains. Reporters sans frontières (RSF) classe le pays au 148e rang sur 180 en matière de liberté de la presse en 2026, soit un recul de trois places en un an.
"La détention de Salsawit Baynesagn sans inculpation ni présentation devant un tribunal dans les 48 heures constitue une grave violation de ses droits et un avertissement pour les journalistes éthiopiens qui couvrent des sujets sensibles d'intérêt public", a déclaré la directrice Afrique du CPJ, Angela Quintal, dans un communiqué publié vendredi soir.
Les autorités n'ont pas donné de précisions sur d'éventuelles charges ou accusations précises à son encontre.
Selon la famille de la journaliste, sa détention est liée à des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, dans lesquelles elle critiquait le gouvernement et le silence de l'opinion face aux violences récentes dans l'État très peuplé d’Oromia.
Au moins 11 civils ont été tués par des hommes armés début juin dans la région d'Oromia, selon trois témoins interrogés par l'AFP, les autorités fédérales accusant l'Armée de libération oromo (OLA), un groupe rebelle, sans donner de bilan.
Sa sœur a déclaré au CPJ que Mme Salsawit — qui avait travaillé pour des médias affiliés à l'État avant de publier des commentaires indépendants sur les réseaux sociaux — avait été arrêtée à son domicile, dans la capitale Addis-Abeba, le 8 juin.
Elle a été détenue pendant deux jours dans un centre de détention provisoire, dont ses proches affirment s'être vu refuser l'accès, avant d'être transférée au siège de la police, selon le CPJ, citant sa famille et des médias.
Les autorités ont récemment intensifié leur répression des médias indépendants.
Début juin, la journaliste française Augustine Passilly, qui travaillait pour le journal La Croix, a été expulsée, a indiqué son employeur à l'AFP.
L'Addis Standard s'est vu retirer sa licence en février, après avoir été accusé d'"avoir porté atteinte aux intérêts nationaux", et son rédacteur en chef a été enlevé en avril, par des hommes masqués, dans la salle de rédaction, puis détenu au secret pendant deux semaines.
C.Valero--HdM