La zone euro a renoué avec la croissance au printemps, malgré le "choc énergétique"
La zone euro a renoué avec la croissance au 2e trimestre, aidée par des rebonds de l'activité économique en France et en Irlande après un mauvais début d'année, et malgré l'impact du conflit au Moyen-Orient.
Le Produit intérieur brut (PIB) des 21 pays partageant la monnaie unique a progressé de 0,4% d'avril à juin, par rapport au trimestre précédent, selon des données publiées jeudi par Eurostat.
C'est un niveau supérieur aux attentes des économistes sondés par Bloomberg, qui tablaient sur une hausse de 0,2%.
L'activité économique retrouve une dynamique positive après avoir enregistré une stagnation sur les trois premiers mois de l'année, selon les chiffres révisés d'Eurostat. L'institut de statistiques européen avait fait part initialement d'un léger recul du PIB de la zone euro entre janvier et mars.
L'économie européenne a ainsi démontré une résistance plus solide qu'attendu, malgré le conflit au Moyen-Orient qui a entraîné depuis plusieurs mois une forte hausse des prix de l'énergie et perturbé les chaînes d'approvisionnement dans certains secteurs.
Et ce "choc énergétique" s'est prolongé, après l'échec d'un cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l'Iran.
- Le farfadet a encore frappé -
Mais les performances de la croissance de la zone euro ont de nouveau été en partie brouillées par les mouvements erratiques de l'économie irlandaise. Celle-ci a affiché un rebond de son PIB de 3,9% au 2e trimestre, après un plongeon de 7% au trimestre précédent.
Ces forts mouvements du PIB en Irlande ne sont pas liés à l'économie sous-jacente, mais à des opérations purement comptables des multinationales qui ont fait de l'île leur siège européen, pour profiter de sa très faible fiscalité sur les entreprises.
Cette dépendance aux multinationales aux effets imprévisibles a été baptisée "l'économie du farfadet" ("Leprechaun economics" en anglais) par l'économiste Paul Krugman, en allusion au célèbre lutin farceur du folklore irlandais.
Mais le reste de la zone euro fait néanmoins montre d'une résilience meilleure qu'espéré.
L'Allemagne, première économie de la zone, a ainsi vu son PIB progresser de 0,2% au printemps, tandis que la France a renoué avec la croissance (+0,2 également), après un recul de 0,1% en début d'année.
Et dans l'ensemble des 27 pays de l'Union européenne, le PIB a progressé de 0,5% par rapport au trimestre précédent, montrant là aussi une embellie, après une hausse modeste de 0,1% sur les trois premiers mois de l'année.
"Pour la suite, nous pensons que la zone euro continuera de supporter remarquablement bien le choc énergétique lié à l'Iran, et nous prévoyons une croissance d'environ 0,25% par trimestre" d'ici à la mi-2027, a commenté Andrew Kenningham, chef économiste pour l'Europe chez Capital Economics.
- La BCE tiraillée -
Par ailleurs, le chômage au sein de la zone est resté stable en juin, à 6,3% de la population active, un niveau identique au mois précédent, toujours selon Eurostat.
Ces chiffres ne vont pas manquer d'alimenter les débats au sein de la Banque centrale européenne (BCE), tiraillée entre sa mission de gardienne de la stabilité des prix en zone euro, qui la pousse à durcir sa politique monétaire, et la crainte de casser le peu de croissance en Europe, qui l'incite à agir avec modération.
Résultat, l'institution basée à Francfort a temporisé la semaine dernière en décidant de maintenir ses taux d'intérêt directeurs inchangés, après les avoir relevés en juin pour la première fois depuis 2023.
Mais certains de ses membres ont plaidé pour une nouvelle hausse, alimentant les spéculations parmi les économistes sur un tour de vis supplémentaire lors de la prochaine réunion de politique monétaire, programmée en septembre.
Dans l'ensemble, ces nouvelles données rendent "une hausse des taux de la BCE en septembre de plus en plus probable", a estimé Rory Fennessy, du cabinet Oxford Economics.
A.Montoya--HdM