Andy Burnham, le "roi du Nord" qui lorgne Downing Street
Le maire travailliste du Grand Manchester Andy Burnham, qui se présente jeudi à une élection législative partielle avec l'objectif ultime de détrôner le Premier ministre Keir Starmer, a réussi par son ancrage local à devenir la personnalité politique la plus populaire du Royaume-Uni.
Cet homme de 56 ans, qui se décrit comme partisan d'un "socialisme pro-business", au sein d'un parti recentré par Keir Starmer en 2020 après des années très à gauche sous Jeremy Corbyn, est le favori pour succéder à l'impopulaire Premier ministre.
Il doit d'abord se faire élire député, condition requise pour espérer prendre les rênes du parti et s'installer à Downing Street. Après un désistement en sa faveur, il se présente dans la circonscription de Makerfield, proche de son fief de Manchester.
Les derniers sondages le donnent vainqueur, devant les partis anti-immigration Reform UK et Restore Britain.
La troisième fois sera-t-elle la bonne pour lui?
Andy Burnham s'était déjà lancé dans la course pour diriger le Labour en 2010, finalement remportée par Ed Miliband, puis en 2015, date de la victoire de Corbyn.
Il est depuis 2017 maire du Grand Manchester, agglomération de 2,8 millions d'habitants où il a su se faire apprécier.
Le Labour "est en train de se déconnecter du Nord" de l'Angleterre, déplorait-il en 2016 auprès du Guardian, affichant son ambition d'être une "voix forte" pour représenter cette région au passé industriel et minier.
Lui-même est un enfant du pays: il a grandi dans une petite ville à mi-chemin entre Liverpool, où il est né - il est resté supporter du club liverpudien d'Everton - et Manchester.
Dans cette cité qui a connu après la crise financière de 2008 une croissance économique deux fois plus forte que la moyenne nationale, sa principale réussite est d'avoir amélioré les transports publics, en reprenant le contrôle du système de bus pour l'intégrer dans un réseau avec trams et trains à des tarifs abordables.
Il est réélu maire haut la main à deux reprises, la dernière fois en mai 2024.
- Interventionniste -
C'est pendant la pandémie de Covid-19 qu'il gagne son surnom de "roi du Nord", grâce à son combat pour obtenir davantage de fonds pour soutenir les entreprises et employés de cette région touchés par la crise.
Plus récemment, celui qui jouit du plus fort taux de popularité parmi les personnalités politiques du pays (35% selon l'institut YouGov) s'est ouvertement opposé à Keir Starmer à propos des coupes dans les aides sociales, défendant une politique plus à gauche.
Ce partisan de l'interventionnisme décrivait en janvier, dans le Guardian, "les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit".
Au dernier congrès du Labour en septembre, il était déjà vu comme un rival potentiel du Premier ministre.
En janvier, il avait été empêché de se présenter à une élection législative partielle par les partisans du Premier ministre, désireux d'écarter la menace.
- "Madchester" -
Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale. Il entre au Labour à l'âge de 14 ans, "radicalisé", dit-il, par la grève des mineurs de 1984-85, écrasée par le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher.
Pendant sa jeunesse, il apprécie la bouillonnante scène musicale et culturelle de Manchester dans les années 1990, "Madchester". Il fait des études d'anglais à Cambridge.
En 2001, il est élu député de Leigh, dans l'agglomération de Manchester. Il entre ensuite au gouvernement de Tony Blair, d'abord comme sous-secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur.
Il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, avant d'être nommé ministre de la Culture en 2008 puis ministre de la Santé (2009-2010).
Il est marié depuis 2000 avec Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université et avec qui il a eu trois enfants.
Cet homme aux épais cheveux sombres et lunettes assorties s'est fait tatouer sur le bras une abeille ouvrière, symbole de la ville de Manchester qui a pris une nouvelle dimension après l'attentat qui a endeuillé la ville en 2017.
R.Parra--HdM