Wildberries, géant de l'e-commerce russe dans le viseur de l'Ukraine
Depuis mi-juillet, l'Ukraine a frappé une douzaine de sites appartenant au géant russe de l'e-commerce, Wildberries, faisant au moins huit morts et des blessés et provoquant d'importants incendies.
Voici ce que l'on sait de ces attaques de drones ukrainiens destinées à pousser Moscou à mettre fin à son offensive à grande échelle lancée en 2022.
- Des entrepôts en feu -
Des sites appartenant à Wildberries ont été visés par l'Ukraine depuis le 18 juillet presque aux quatre coins de la Russie et en Crimée annexée.
Les frappes de drones ukrainiens ont ainsi ciblé des sites proches de Saint-Pétersbourg, à Simferopol en Crimée annexée, à Krasnodar (sud)...
Le 25 juillet, c'est à Ekaterinbourg, en Sibérie - soit à plus de 1.700 km de la frontière ukrainienne - que l'enseigne a été visée.
Dernière attaque en date: dans la nuit de jeudi à vendredi, un incendie s'est déclaré dans un centre logistique à Volgograd (sud), sans faire de victime.
La veille, deux entrepôts ont été frappés dans la région de Penza (sud) et à Sarapoul plus à l'est ; l'avant-veille à Riazan, non loin de Moscou.
Les premières attaques dans la nuit de 17 au 18 juillet ont fait huit morts et près de 90 blessés dans des sites de la région de Moscou et dans celle de Tambov (centre-ouest).
- L'"Amazon russe" -
Wildberries est une plateforme de commerce en ligne très populaire en Russie, souvent qualifiée d"'Amazon russe" en raison de son ample offre de produits et de ses livraisons rapides sur tout le vaste territoire du pays.
L'entreprise a été fondée en 2004 par Tatiana Kim, considérée comme la femme la plus riche de Russie. Ancienne enseignante d'anglais et mère de sept enfants, elle est aujourd'hui à la tête d'une fortune d'environ 7,1 milliards d'euros, selon le magazine Forbes.
Le modèle de Wildberries repose sur un réseau massif de dizaines de milliers de points de retrait présents jusque dans les plus petites villes en Russie et dans d'autres pays voisins. L'entreprise affirme traiter plus de 20 millions de transactions par jour.
Depuis le début de l'offensive à grande échelle en Ukraine, le réseau Wildberries a été accusé de favoriser le contournement des sanctions occidentales en offrant des marchandises autrement introuvables en Russie.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a aussi assuré que l'entreprise stockait et expédiait des "composants de drones, des équipements de navigation et du matériel militaire". Une accusation démentie par Moscou.
- Campagne de frappes -
Denys Chtilerman, cofondateur de l'entreprise ukrainienne de défense Fire Point, a déclaré cette semaine que ces frappes visaient à atteindre indirectement "des dizaines de milliers d'entreprises" et le système bancaire russe.
Il a cité en particulier la deuxième plus grande banque russe, VTB, estimant que cette banque, contrôlée en majorité par l'Etat, a "tout misé" sur Wildberries, devenu le "plus gros emprunteur" du pays.
Ces attaques s'inscrivent dans une campagne de frappes de longue portée ukrainiennes sur des infrastructures civiles, dans le but de forcer le Kremlin à négocier une fin de la guerre.
L'Ukraine a notamment ciblé avec des drones des raffineries, dépôts et terminaux pétroliers, provoquant des pénuries de carburant en Russie cet été, ainsi que des navires en mer d'Azov et en mer Noire, où se trouvent des axes stratégiques d'exportations notamment agricoles.
"La Russie doit sentir que chaque jour de guerre ne lui coûtera que plus cher. Nous devons affaiblir l'agresseur et maintenir la pression pour se rapprocher d'une fin de cette guerre", a déclaré mercredi Volodymyr Zelensky.
- Inquiétude des commerçants -
Selon les analystes, jusqu'à 800.000 commerçants vendent leurs marchandises via le réseau Wildberries.
Depuis les premières attaques ukrainiennes, des entrepreneurs russes ont fait part sur les réseaux sociaux et dans les médias de leur désespoir de voir leur produits partir en fumée.
"J'ai pleuré toute la matinée parce qu'aujourd'hui, il se peut que notre business ferme", a raconté dans une vidéo la blogueuse Marina Gorchkova, qui vendait depuis des années avec son mari des produits cosmétiques et dont "35-40%" des marchandises se trouvaient dans les entrepôts qui ont brûlé.
Wildberries n'a pas chiffré les dégâts.
Le groupe a annoncé jeudi avoir versé une "seconde tranche" d'aides financières, sans en donner le montant, à 97.000 entrepreneurs, après en avoir versé une première à 88.000 structures.
Auparavant, des vendeurs s'étaient toutefois plaint sur les réseaux sociaux du montant jugé insuffisant ou d'une absence pure et simple de versement.
L'entreprise a par ailleurs lancé une vaste campagne de publicité, incitant sur des panneaux d'affichage les Russes à "commander" chez elle pour "soutenir les entrepreneurs".
Des Russes interrogés par l'AFP ont dit voir ces frappes de façon "très négative", pour les commerçants comme pour les clients.
C.Valero--HdM