Le foie gras au menu des prochaines élections à Washington
Lorsque les Washingtoniens voteront en novembre aux élections de mi-mandat, ils pourront également trancher un sujet d'une toute autre nature dans les urnes: pour ou contre la vente et la distribution de foie gras dans la capitale américaine.
Des militants de la condition animale ont en effet obtenu les signatures de 5% des électeurs inscrits sur les listes du District de Columbia, nécessaires à la tenue d'un référendum sur cette spécialité française résultant du gavage des oies.
"Ils enfoncent une tige dans la gorge d'un canard pour faire grossir son foie. C'est pas cool", dénonce James Nance, l'un des militants, pancarte "Save the ducks" (sauver les canards) à la main.
Les partisans de la mesure sont convaincus qu'elle sera adoptée, même si les débats, auxquels la capitale américaine est habituée, demeurent houleux.
Car cette proposition oppose des réformateurs engagés aux intérêts bien compris des restaurateurs et producteurs, tandis que le sujet est largement méconnu du grand public.
Son plus farouche opposant est Bart Hutchins, chef et propriétaire du Butterworth's, un restaurant haut de gamme situé près du Congrès et très prisé de l'administration Trump.
Le foie gras, qu'il présente façon tartare et cuisine sous forme de sauces, pâtés et même dans des glaces, est un incontournable de sa carte.
Le restaurateur craint des conséquences déplorables sur les établissements de la ville, et dénonce une "tendance très moderne à piétiner le passé".
"L'année prochaine, ce sera l'interdiction d'un autre produit niche… jusqu'à ce qu'on ne mange plus que, disons, des nuggets de poulet, et qu'on n'ait plus aucun patrimoine culinaire", s'indigne-t-il.
- 32.000 signatures -
Les militants de Pro Animal DC aimeraient que la ville suive l'exemple de la Californie ou de Pittsburgh, en Pennsylvanie, où des lois contre le foie gras ont été adoptées.
"Washington DC est le troisième plus grand consommateur de foie gras de tout le pays. Donc, faire disparaître ce produit cruel de la ville aurait une conséquence considérable sur l'industrie du foie gras", avance la porte-parole du groupe, Natalie Fulton.
Ils ont recueilli près de 32,000 signatures demandant la tenue d'un référendum, soit plus que celles obtenues par la proposition visant à légaliser le cannabis, approuvée en 2014.
Selon le militant Mike Accardi, si le foie gras est toujours disponible à la vente, c'est parce que "beaucoup de gens ne savent pas de quoi il s'agit".
James Nance, un carnivore assumé qui publie régulièrement des photos de ses plats de viande préférés sur Instagram, fait figure d'exception au sein de ce mouvement majoritairement végétarien.
"Il y a des enjeux plus urgents, comme la défense de la démocratie" ou les "attaques de l'administration Trump", reconnaît-il. Mais puisque le foie gras est le sujet d'un référendum, "je me suis dit que je pourrais aider".
Jordan Grinor, directeur de Hudson Valley Farms, l’un des deux seuls producteurs commerciaux de foie gras aux Etats-Unis, conteste vivement l'accusation de cruauté.
Il argue que, dans la nature, les canards se gavent avant la migration et stockent de la graisse dans leur foie, et soutient que le gavage est une pratique traditionnelle de l'élevage.
"Les gouvernements devraient-ils avoir le pouvoir de décider de ce que nous avons le droit de manger? C'est vraiment la question qui se pose ici", dit-il, ajoutant qu'une interdiction à Washington pourrait priver d’emploi au moins un tiers de ses 150 employés travaillant dans la production de foie gras, dans le nord de l’Etat de New York.
Q.Rios--HdM