De l'immobilier aux centres de données, le pari IA d'un milliardaire de Dubaï
A Dubaï, un magnat de l'immobilier proche de Donald Trump investit des dizaines de milliards de dollars dans les centres de données, misant sur l'explosion de l'intelligence artificielle pour bâtir ce qu'il espère devenir le premier opérateur mondial du secteur.
Le patron de DAMAC Properties, Hussain Sajwani, présent à la deuxième investiture du président américain en janvier 2025, voit un potentiel "énorme" dans les infrastructures nécessaires à l'IA générative, dont les besoins en puissance de calcul explosent depuis le lancement de ChatGPT fin 2022.
Classé deuxième fortune du monde arabe par Forbes avec un patrimoine estimé à 15,3 milliards de dollars, M. Sajwani affiche volontiers ses relations sur Instagram, où il pose aux côtés de Donald Trump et des grands patrons américains Elon Musk et Jeff Bezos.
Il raconte volontiers comment le réunions à distance pendant la pandémie de coronavirus l'ont convaincu de se lancer dans le secteur des centres de données.
"L'idée m'est venue pendant le Covid, lorsque tout le monde était confiné et que je passais de longues heures sur Zoom", a-t-il expliqué à l'AFP, justement en visioconférence depuis le congrès Datacloud Global organisé début juin à Cannes (sud de la France).
"Il était évident que Zoom et d'autres entreprises du commerce en ligne allaient se développer. Je me suis donc dit que les centres de données avaient de l'avenir. Honnêtement, je n'aurais jamais imaginé une telle croissance", a-t-il poursuivi.
- Attaques de drones -
Selon lui, son groupe a identifié des sites dans 13 pays qui, s'ils sont tous développés, représenteraient une capacité totale de 6.000 mégawatts pour un coût d'environ 66 milliards de dollars.
Après avoir fait fortune dans l'immobilier, au point de lui valoir le surnom de "Donald Trump" de Dubaï, M. Sajwani a lancé DAMAC Digital en 2021.
La société a déjà achevé des projets de centres de données en Thaïlande et en Arabie saoudite et prévoit d'exploiter huit sites d'ici à la fin de l'année.
En 2017, M. Sajwani avait inauguré à Dubaï un parcours de golf sous la licence Trump. Début 2025, il est apparu aux côtés du président américain pour annoncer un investissement de 20 milliards de dollars dans des centres de données aux Etats-Unis.
Ce pari intervient alors que l'essor de l'intelligence artificielle générative alimente une course mondiale à la construction de centres de données géants, des immenses hangars sans fenêtres remplis d'armoires de puces électroniques refroidies en permanence.
Ces infrastructures, dont le coût se chiffre en dizaines de milliards de dollars et la consommation électrique en gigawatts, sont devenues un enjeu stratégique pour les Emirats arabes unis. Abou Dhabi a investi plus de 147 milliards de dollars dans l'IA depuis 2024 et cherche à transformer la richesse énergétique en puissance numérique.
Coûteux et remplis d'équipements sensibles, les centres de données peuvent toutefois constituer des cibles de choix en cas de conflit.
Pourtant, Hussain Sajwani se dit peu inquiet même si des drones ont visé des centres de données aux Emirats et à Bahreïn lors des premières semaines de la guerre au Moyen-Orient.
- "Meilleurs au monde" -
"La guerre nous a démontré que les Emirats arabes unis étaient très résilients et que le gouvernement avait fait un excellent travail pour défendre le pays", affirme-t-il.
Cinq géants du "cloud" et de l'IA figurent déjà parmi les clients de DAMAC Digital, sans que leurs noms puissent être divulgués.
Selon M. Sajwani, les centres de données sont en passe de dépasser l'immobilier pour devenir le principal moteur de son groupe.
"Nous disposons désormais d'une réserve foncière représentant près de 6.000 mégawatts", dit-il en référence aux sites disposant de capacités électriques et de connexions fibre suffisantes pour accueillir des centres de données.
Alors que la crainte d'une bulle spéculative autour de l'IA a récemment agité les marchés, M. Sajwani écarte ces inquiétudes, assurant que "la demande sera énorme" au cours des trois à quatre prochaines années.
Persuadé que l'intelligence artificielle "va provoquer une révolution dans tous les aspects de la vie humaine", il affirme désormais viser à détrôner Equinix, leader mondial du secteur avec plus de 280 sites.
"Nous voulons être plus grands qu'eux", lance-t-il. "Nous voulons être les meilleurs au monde".
Q.Escribano--HdM