Dans l'Ohio, la cherté de la vie au coeur des préoccupations avant les élections
Ancienne ouvrière sidérurgiste, Denise Barber a pris sa retraite il y a trois ans. Mais face aux coûts élevés du carburant et pour des raisons de santé familiales, cette habitante de l'Ohio, dans le nord-est des Etats-Unis, va reprendre un travail pour joindre les deux bouts.
Comme pour des millions d'Américains, le pouvoir d'achat est au coeur des préoccupations de cette femme de 68 ans, à moins d'un mois d'élections parlementaires qui pourraient sanctionner Donald Trump et son Parti républicain.
"J'espère que quelqu'un va pouvoir défaire certaines des choses que ce président a faites, comme la guerre contre l'Iran", explique Mme Barber à l'AFP.
Cette électrice démocrate fait partie des dizaines de personnes présentes lors d'une réunion publique fin septembre à Warren, dans l'Ohio.
Dans cette ancienne place forte de l'industrie américaine où il était dominant jusqu'à l'irruption de Donald Trump sur la scène politique en 2016, le Parti démocrate s'attend à regagner du terrain lors des élections du 3 novembre et mise sur Sherrod Brown pour battre le sénateur républicain sortant Jon Husted.
Les démocrates espèrent que les frustrations montantes face aux prix de l'essence et de l'alimentation se traduiront dans les urnes. Deux ans après son retour à la Maison Blanche, Donald Trump n'a en effet pas réussi à dompter l'inflation.
Denise Barber raconte qu'elle conduit régulièrement son mari à ses rendez-vous médicaux depuis un mini AVC et que, vivant "dans un désert médical", la note à la pompe se fait sentir douloureusement.
Cela représente parfois plusieurs centaines de dollars de dépenses hebdomadaires en plus, selon elle.
"C'est délirant", juge celle qui a passé 22 ans dans la sidérurgie avant de perdre son emploi et de devenir comptable. "Je vais devoir chercher un boulot pour compenser".
Le prix moyen d'un gallon d'essence a augmenté de plus de 45 % depuis le début de la guerre contre l'Iran en février, à 4,37 dollars, soit 1,15 dollars (environ 1 euro) le litre, selon l'Association automobile américaine (AAA).
- "Risque réel" -
Pour Paul Sracic, analyste au Hudson Institute, le "risque est réel" pour le Parti républicain de perdre un siège de sénateur dans l'Ohio.
"Cela n'allait pas être facile pour eux car le parti au pouvoir fait en général pâle figure lors des élections de mi-mandat", explique-t-il à l'AFP. "Mais les prix de l'essence montent. Or c'est le meilleur indicateur de la façon dont les gens perçoivent l'économie".
Localement, le sénateur républicain sortant soutient les investissements dans les centres de données, ce qui va aussi lui coûter des points, assure M. Sracic.
Et aux prix de l'essence, et de l'énergie en général, s'ajoutent ceux des produits alimentaires : en août, ils étaient 2,2% plus élevés qu'un an auparavant.
Des axes de campagne tout trouvés pour le candidat démocrate Sherrod Brown.
"Les classes populaires n'ont jamais voulu de cette guerre", explique cet ancien sénateur de l'État (2007-2025) en parlant de l'Iran. "Elles n'ont jamais voulu de cette explosion des prix partout".
- "Ils se font broyer" -
"La cherté de la vie touche tous les travailleurs, dans cette région comme à travers tout le pays", souligne aussi David Green, un leader syndical local dans l'automobile. "Ils se font broyer en ce moment".
"Ce qui fait vraiment peur depuis un an, c'est de voir que beaucoup de petits centres de production de pièces détachées affiliés à notre syndicat (UAW), des entreprises familiales, licencient ou ferment", dit-il.
Le syndicaliste assure qu'il y a eu "beaucoup de promesses non tenues" par les républicains.
"On leur a dit de ne pas partir, que les emplois allaient revenir", dit-il. Mais les habitants de ce coin du nord-est de l'Ohio attendent toujours la résurgence industrielle promise par Donald Trump.
Ancien ouvrier, Mike Rubicz se souvient de la région comme un eldorado de l'acier.
Mais aujourd'hui, "il n'y a plus une seule aciérie", constate-t-il. "La réalité, c'est qu'aujourd'hui on ne peut plus arriver ici et trouver directement un boulot dans l'industrie".
L.Bautista--HdM