Gazole, engrais : la facture flambe et met à l'épreuve le vote républicain des agriculteurs
La nouvelle récolte de David Schacht, producteur américain de soja, pourrait s'avérer moins rentable que prévu du fait de la hausse des coûts du gazole et des engrais. Malgré tout, il reste fidèle au camp républicain de Donald Trump.
"Je dois avouer que cela fait un peu grincer des dents", confie-t-il à l'AFP. "On se demande franchement ce qu'il (Trump, ndlr) est en train de faire."
L'année a été difficile pour les agriculteurs comme M. Schacht, qui constituent un bastion électoral essentiel pour le parti présidentiel, déterminé à conserver le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre.
L'Etat de l'Ohio - où vivent David Schacht, 69 ans, et sa femme Lisa, 67 ans - pourtant acquis à Donald Trump lors du scrutin présidentiel de 2024, est aujourd'hui le théâtre d'affrontements serrés pour plusieurs sièges clés au Sénat et à la Chambre des représentants.
Les hausses des prix minent les électeurs dans cette région du nord-est des Etats-Unis, tandis que la construction de centres de données suscite de vives controverses.
Dans les champs, la facture de gazole des moissonneuses-batteuses explose au moment où débute la récolte du soja, du maïs et d'autres cultures. Depuis les premières frappes américano-israéliennes contre l'Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz par Téhéran, les prix du gazole ont bondi de plus de 67%.
D'après M. Schacht, la facture pour certains engrais nécessaires à la prochaine saison des semis a également doublé.
Malgré ces difficultés, il s'attend à ce que de nombreux agriculteurs ayant voté pour Trump continuent de soutenir le Parti républicain.
"Je ne vais pas retourner ma veste", assure-t-il. Mais les gens sont de plus en plus "tendus", ce n'est pas "ce à quoi ils s'attendaient".
- "Pas qu'un simple slogan" -
Cette guerre semble "sans fin", déplore-t-il.
D'après lui, la hausse du prix du soja, qu'il estime d'environ 20%, ne suffit pas à compenser celle des coûts des carburants et des engrais.
"On doit serrer les dents. Je ne vais pas abandonner la récolte", poursuit-il.
Pour sa femme Lisa, 67 ans, les agriculteurs qui soutiennent les républicains ont des raisons qui vont au-delà des considérations économiques.
"Ils restent absolument convaincus que +Make America Great Again+ (rendre à l'Amérique sa grandeur, ndlr) n'est pas qu'un simple slogan", remarque-t-elle.
Mme Schacht met notamment en avant la volonté affichée de Donald Trump de stimuler la production aux Etats-Unis, ainsi que de promouvoir les "valeurs familiales" et les libertés individuelles.
En 2024, Donald Trump a remporté 78% des votes des agriculteurs.
- Marges de rentabilité extrêmement réduites -
Les inquiétudes exprimées par les époux Schacht dépassent largement le cadre de leur seule exploitation.
"Certains agriculteurs peinent à garder la tête hors de l'eau" et sont particulièrement préoccupés par la hausse des prix des carburants, commente auprès de l'AFP Joe Logan, président par intérim du lobby Ohio Farmers Union.
"La plupart d'entre eux vivent avec des marges de rentabilité extrêmement réduites" depuis plusieurs années, explique M. Logan, 77 ans, lui-même producteur de soja, de maïs et de blé.
Les faillites d'exploitations agricoles ont bondi de 46% entre 2024 et 2025.
Le conflit avec l'Iran constitue un nouveau coup dur pour les agriculteurs, déjà fragilisés par la guerre commerciale lancée par Donald Trump contre la Chine - un acheteur clé de soja américain.
"Une fois que nous avons sapé cette relation, il est vraiment difficile de la reconstruire", estime M. Logan, soulignant la forte concurrence exercée par des producteurs tels que le Brésil et l'Argentine.
L'escalade du conflit commercial entre Washington et Ottawa pourrait porter un autre coup de massue pour les cultivateurs, le Canada étant l'un des principaux fournisseurs de potasse, un engrais indispensable aux Etats-Unis.
"Le scénario le plus probable n'est pas forcément un basculement vers le parti démocrate", note Joe Logan.
"En revanche, je pense que beaucoup de gens vont se dire : +Je suis moins enthousiaste à l'égard de M. Trump et des républicains que je ne l'étais auparavant. Je vais simplement rester chez moi+" le jour des élections, anticipe-t-il.
U.Miranda--HdM