Ethiopie: l'armée fédérale est entrée dans Mekele, capitale du Tigré, selon une source humanitaire
Les troupes fédérales éthiopiennes sont entrées samedi dans Mekele, capitale de l’État régional éthiopien du Tigré (nord), largement abandonnée plus tôt par les forces des autorités régionales rebelles qu'elles combattent depuis le 23 septembre, a indiqué à l'AFP une source humanitaire.
Après des mois de tensions, les combats avaient repris dans le nord de l'Éthiopie, opposant l'armée fédérale éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) - formation politique qui dirigeait de fait le Tigré depuis avril - et aux milices Fano de l’État voisin de l'Amhara.
En avril, le TPLF, qui a dirigé l'Ethiopie durant près de trois décennies jusqu'en 2018, avait chassé du Tigré l'administration nommée par le gouvernement fédéral, défiant à nouveau ouvertement l'autorité du Premier ministre Abiy Ahmed.
"Les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliées ont été observées dans Mekele (...) à plusieurs endroits" de la ville, a expliqué à l'AFP la source humanitaire, citant du personnel sur place.
Aucun combat n'a été signalé dans l'immédiat, selon cette source ayant requis l'anonymat et qui n'a pas donné d'autres détails.
Dans la matinée un journaliste local à Mekele avait indiqué à l'AFP que "les dirigeants et troupes du TPLF" quittaient la ville, à mesure que se rapprochaient les troupes fédérales qui avançaient dans sa direction depuis lundi.
Les bâtiments officiels et postes de police sont désormais sans surveillance et des membres des forces du TPLF "sont vus quittant la ville, avec leurs armes", avait décrit ce journaliste dans un message à l'AFP.
Il n'était pas joignable dans l'immédiat, ni aucune autre source sur place, les réseaux de télécommunications étant extrêmement perturbés au Tigré depuis la reprise des hostilités, ce qui rend le peu d'informations qui filtrent difficiles à vérifier.
Ni le porte-parole des ENDF (Forces de défense nationale éthiopiennes), ni celle du Premier ministre fédéral Abiy Ahmed n'ont répondu dans l'immédiat aux sollicitations de l'AFP.
Dans une vidéo publiée jeudi soir, le président du TPLF Debretsion Gebremichael avait semblé acter les revers de ses troupes et prôner un basculement vers la guérilla.
"Notre stratégie est de frapper l'ennemi où nous voulons", a-t-il déclaré, rappelant que le TPLF avait déjà chassé "dans le passé" les forces gouvernementale hors du Tigré "en huit mois". "Nous les vaincrons à nouveau, ce n'est qu'une question de temps", a-t-il assuré.
- "Cibler l’Érythrée ?" -
En novembre 2020, l'armée fédérale avait pris Mekele en trois semaines lors d'une offensive-éclair contre le TPLF qu'elle accusait d'avoir attaqué des camps militaires au Tigré.
Retranché dans les montagnes, le TPLF, après plusieurs mois de guérilla, avait lancé en juin 2021 une offensive et repris Mekele en dix jours, puis l'essentiel du Tigré en un mois.
Les forces tigréennes avaient été stoppées par des drones à environ 200 km d'Addis Abeba et s'étaient repliées au Tigré, soumis durant de longs mois à un siège de fait par les forces fédérales.
Un accord avait fait taire les armes fin 2022, mais plusieurs dispositions-clés n'ont jamais été mises en œuvre, alimentant les tensions.
Les observateurs s'inquiètent désormais que le conflit s'étende au-delà de l'Ethiopie, notamment en Erythrée, frontalière du Tigré au nord, voire au Soudan, qui partage 700 km de frontière avec l'Ethiopie, à l'ouest.
Le gouvernement éthiopien va-t-il désormais "chercher à confiner le conflit" dans le nord de l'Éthiopie "ou envisager (...) des possibilités plus audacieuses", comme "cibler l’Érythrée ?", s'interrogent Ahmed Soliman et Abel Abate Demissie, chercheurs du centre de réflexion Chatham House, dans une note publiée jeudi.
Une source diplomatique a confié à l'AFP qu'un mini-Sommet réunirait dimanche à Alamein, en Egypte, en marge d'un Forum africain d'affaires les présidents d’Égypte Abdel Fattah al-Sissi, d’Érythrée Issaias Afeworki et de Somalie Hassan Sheikh Mohamud, ainsi que le chef des Forces armées soudanaises (SAF) Abdel Fattah al-Burhane.
L’Éthiopie accuse l’Érythrée, l’Égypte et les SAF de soutenir le TPLF, sur fond de rivalités régionales dans la Corne de l'Afrique, autour notamment de la mer Rouge, voie maritime stratégique.
Elle est de son côté accusée de servir de plateforme de soutien aux paramilitaires des Forces de soutien rapides (FSR) que les SAF affrontent depuis 2023 au Soudan. L’Égypte considère son grand barrage sur le Nil (Gerd) comme une "menace existentielle" et la Somalie voit d'un mauvais œil son rapprochement avec le Somaliland, région de Somalie autoproclamée indépendante depuis 1991.
Vendredi, l'Ethiopie a accusé l’Érythrée d'actes "d'hostilités et de belligérance", fermé son ambassade à Asmara et sommé dix diplomates érythréens - soit la totalité de la représentation diplomatique - de quitter le pays, Asmara répondant en rompant les relations diplomatiques.
L’Éthiopie a déclaré le même jour un diplomate égyptien persona non grata, entraînant une mesure égyptienne similaire.
Quelques heures auparavant, des explosions, causée par des drones selon des observateurs, avaient touché deux bâtiments militaires à Addis Abeba, cible pour la première fois depuis longtemps d'une action militaire. Elle ne l'avait jamais été durant le conflit de 2020-2022.
E.Pineda--HdM