El Niño : l'essentiel de la semaine
Incendies exceptionnels en Indonésie, risques de coupures de courant en Birmanie, inquiétudes grandissantes sur le manque de nourriture dans plusieurs régions : les effets du puissant El Niño continuent de se faire sentir à travers le monde.
Ce phénomène climatique, qui réchauffe les eaux du Pacifique, accentue sécheresses, inondations et autres événements météorologiques extrêmes, avec des conséquences déjà visibles sur les populations.
- La forêt brûle en Indonésie et en Amazonie -
En Indonésie, où la saison des incendies est amplifiée par El Niño, des forêts et des plantations brûlent depuis des mois sur les îles de Bornéo et de Sumatra. Portées par les vents, les fumées provoquent un épais brouillard dans toute la région. La Malaisie a fermé vendredi des écoles dans certaines zones du pays, notamment la capitale Kuala Lumpur, et la ville-Etat de Singapour a réduit lundi le coût des frais médicaux pour les maladies respiratoires liées à ces fumées.
La Malaisie a aussi demandé la tenue en urgence d'une réunion de l'organisation régionale ASEAN pour discuter de cette pollution.
Les feux ont rendu malades des dizaines de milliers de personnes et contraint des défenseurs de l'environnement à secourir des dizaines d'orangs-outans piégés par la fumée et les flammes, dont Novita, une femelle retrouvée agrippée à la cime d'un arbre dans la partie indonésienne de Bornéo.
"Avant que nous ne l'atteignions, elle a dû traverser le feu pour parvenir jusqu'à l'arbre et y grimper, ce qui a brûlé la plante de ses pieds et ses orteils", a expliqué le directeur général de l'ONG Borneo Orangutan Survival Foundation de Kalimantan (Kalimantan est la partie indonésienne de l'île de Bornéo), Jamartin Sihite.
La plus grande ville d'Amazonie brésilienne, Manaus, a de son côté fermé vendredi ses écoles publiques en raison de la "très mauvaise" qualité de l'air provoquée par la fumée de centaines d'incendies dans la forêt tropicale.
Selon les autorités, l'État d'Amazonas, dont Manaus est la capitale, a été frappé par 3.726 foyers d'incendie en septembre, près de quatre fois plus qu'en septembre 2025.
- Coupures de courant en Birmanie -
Les autorités birmanes ont averti la population de l'éventualité de coupures de courant, expliquant que le réseau électrique était mis à rude épreuve par une vague de chaleur inhabituelle pour la saison, amplifiée par El Niño. Cette dernière entraîne une hausse de la consommation d'électricité.
Les services météorologiques birmans ont aussi mis en garde contre "des précipitations et des tempêtes anormales, des sécheresses, une chaleur extrême, des pénuries d'eau potable".
Aux Philippines, la ministre de l'Énergie Sharon Garin a déclaré que le gouvernement se préparait à une hausse de la demande d'énergie et à une possible baisse de la production hydroélectrique en raison d'un temps plus chaud et plus sec.
"Nous demandons à la population d'en prendre conscience afin que nous puissions tous adopter dès maintenant un état d'esprit de sobriété énergétique", a-t-elle souligné.
- Le FMI "très préoccupé" pour la sécurité alimentaire -
"Nous sommes très préoccupés par El Niño (...), nous nous inquiétons pour la sécurité alimentaire", a déclaré à l'AFP la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva.
"Nous nous préparons à soutenir les pays vulnérables si la situation devait les frapper durement", a-t-elle ajouté.
Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a également averti dimanche que la combinaison de coûts d'emprunt plus élevés, de la flambée des prix de l'énergie et du puissant El Niño créait "une tempête susceptible de replonger des dizaines, voire des centaines de millions de personnes dans la pauvreté".
Dans le sud de Madagascar, des travailleurs humanitaires redoutent déjà que les cas de malnutrition ne s'aggravent à mesure que l'impact d'El Niño se fera sentir. L'ONG Save the Children a doté sa branche dans le pays du "double du budget habituel", a indiqué à l'AFP une représentante de l'organisation sur l'île.
- Ce que disent les scientifiques -
El Niño atteindra son pic en décembre, avant de persister jusqu'en février, selon le dernier rapport de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence de l'ONU.
Le phénomène a entraîné le réchauffement de la zone de référence du Pacifique pour El Niño à des niveaux inédits en septembre, poussant les océans du monde à des températures record pour ce mois, a indiqué lundi l'observatoire européen Copernicus. Son directeur a estimé auprès de l'AFP qu'El Niño pourrait contribuer à faire de 2026 l'année la plus chaude jamais enregistrée.
L'Agence météorologique japonaise (JMA) avait annoncé vendredi que la température de la mer dans la zone de référence du Pacifique pour El Niño avait déjà dépassé de 4,0°C la normale, atteignant ainsi son niveau le plus élevé jamais enregistré.
- Les chiffres de la semaine -
29,70°C : la chaleur à la surface de la mer dans la "région Niño 3.4", la zone de référence dans le Pacifique, en septembre.
1 : le nombre d'ouragans dans l'Atlantique depuis début juin, où l'activité cyclonique est inhabituellement calme en raison d'El Niño.
71 : le nombre de morts dans des inondations depuis la mi-septembre en Thaïlande.
- Décryptage : qu'est-ce qu'un "super El Niño"? -
L'épisode de cette année a été qualifié de "super El Niño" mais ce n'est pas une désignation officielle ou scientifique.
La température enregistrée dans la zone de référence dans l'océan Pacifique en septembre dépasse déjà les valeurs maximales de précédents épisodes El Niño marquants en 1982/1983, 1997/1998 et 2015/2016.
Mais le changement climatique complique la situation car les océans sont désormais plus chauds en général. Les climatologues essaient donc d'isoler l'effet d'El Niño de cette tendance de fond. En appliquant ce critère, l'épisode actuel n'a pas encore dépassé en intensité les épisodes les plus marquants du passé.
burs-sah/jum/eba
C.Diez--HdM