Soupçon de peste en Russie : l'OMS "pas en mesure" de mener une évaluation complète des risques
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé mercredi ne pas être "en mesure" à ce stade de mener une évaluation complète des risques après la mort d'une laborantine d'un institut russe étudiant la peste, faute d'une "vision complète" de la situation.
L'OMS avait d'abord estimé mardi que le risque pour la santé publique était "modéré à faible" pour Irkoutsk, "faible" pour la Russie et "très faible" pour l'Europe, mais l'organisation a souligné mercredi que cette "évaluation initiale" n'était plus valable.
"Nous ne disposons pas encore d'une vision complète de cet événement et ne sommes pas en mesure de procéder à une évaluation complète des risques", a indiqué devant la presse à Genève le chef de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.
L'OMS, comme les États-Unis et l'UE, ont exhorté la Russie à fournir davantage d'informations à la suite du décès de cette femme de 28 ans à Irkoutsk, en Sibérie, qui a pris ces derniers jours une ampleur internationale. Selon le média local Peuples du Baïkal, elle aurait pu contracter la peste pulmonaire après le bris d'un tube à essai.
"Le partage d'informations en temps utile, de manière complète et transparente, conformément aux réglementations internationales, est essentiel pour clarifier les rapports contradictoires et permettre une évaluation précise des risques potentiels pour la santé publique", a insisté M. Tedros.
Le Règlement sanitaire international (RSI) établit un cadre juridiquement contraignant définissant les droits et obligations des pays face aux événements et urgences de santé publique susceptibles de franchir les frontières.
En vertu de ce règlement, les pays doivent répondre dans un délai de 24 heures. Or Moscou a répondu à l'OMS trois jours après sa demande d'information du 3 octobre.
- L'OMS veut des réponses -
Depuis l'OMS a requis "des informations complémentaires sur les analyses de laboratoire effectuées sur la personne décédée et sur ses contacts, des précisions sur les raisons qui ont motivé la mise en place des mesures de santé publique, ainsi que des détails sur l'état de santé des contacts", a expliqué M. Tedros.
Il a indiqué que l'OMS cherchait aussi "à vérifier les informations de médias faisant état d'un deuxième employé atteint d'une pneumonie de cause indéterminée".
Les autorités russes ont affirmé mercredi qu'il n'existait "aucun risque épidémique" en Sibérie, dénonçant les "fausses informations" sur cette affaire sans toutefois démentir l'apparition d'un deuxième cas.
M. Tedros a indiqué que la Russie avait répondu à l'OMS "qu'aucun cas de peste n'avait été signalé récemment dans l'oblast d'Irkoutsk et qu'elle avait placé environ 200 personnes ayant eu des contacts en quarantaine".
Les autorités russes ont indiqué à l'OMS qu'"il s'agit d'une pneumonie sévère acquise en communauté", à savoir en dehors d'un laboratoire, "d'étiologie inconnue", a ajouté Silviu Ciobanu, de la division Sécurité sanitaire, au sein du bureau européen de l'OMS.
Pour l'heure, l'OMS reconnaît qu'elle ignore encore ce qui s'est réellement passé.
"Nous ne connaissons pas l'agent responsable du décès de cette femme", a insisté Maria Van Kerkhove, qui dirige le département gestion des épidémies et pandémies à l'OMS.
"Nous avons besoin de davantage d'informations et nous espérons qu’elles nous parviendront dans les meilleurs délais", a-t-elle ajouté.
La peste est une maladie infectieuse causée par des bactéries. La peste pulmonaire est hautement contagieuse et peut être mortelle si elle n'est pas traitée rapidement, selon l'OMS.
Entre 2019 et 2025, 10 pays ont signalé à l'OMS des cas suspects de peste humaine et six ont signalé des cas confirmés, selon des données publiées fin septembre.
Au total, 3.847 cas suspects, dont 423 mortels, ont été signalés à l'OMS sur cette période, soit un taux de létalité de 11%. La plupart des cas ont été signalés à Madagascar et en République démocratique du Congo, où la peste reste endémique dans certaines régions.
G.Campos--HdM